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Christian Baudelot, Roger Establet, L'élitisme républicain



Christian Baudelot, Roger Establet, Elitisme républicain. L'école française à l'épreuve des comparaisons internationales ,Editions du Seuil , La République des Idées, paru le 2/03/2009, prix: 10,50 euros, 128 pages

 

Lire article de G. Courtois dans le Monde en date du 28.04.09


Christian Baudelot, pourfendeur de l'élitisme à la française

Le plus souvent en tandem, Christian Baudelot et Roger Establet ont parfois exploré des terrains inédits, comme celui du suicide ou de la consommation. Mais leur grand œuvre, depuis une quarantaine d'années, reste le décryptage sans cesse approfondi du système éducatif français et de ses points de faiblesse ou de blocage. Pour le dire d'une formule, de cette étrange imposture nationale que constitue "l'élitisme républicain", cette conception qui fonde l'Ecole en même temps qu'elle la tétanise, qui l'institue comme le premier creuset démocratique depuis Jules Ferry et reproduit pourtant - quand elle ne les aiguise pas - des inégalités scolaires étroitement liées à l'origine sociale des familles.

Au siècle suivant, elle y est encore. Car le diagnostic 2009 de Baudelot et Establet n'est pas moins sévère : "L'école française est trop et trop tôt sélective. Non seulement elle compte un taux très élevé de jeunes en échec, mais elle ne parvient pas à fournir des élites assez étoffées. Sous la carrosserie égalitaire, c'est une forme d'aristocratisme inavoué qui fait tourner le moteur."


En quarante ans, sans doute, le paysage s'est profondément transformé : l'école a pris de plein fouet, sans y être préparée, le chômage de masse et l'urbanisation, l'immigration et la mondialisation ; dans le même temps, la proportion de chaque génération au niveau du baccalauréat et entrant à l'université a presque triplé. Pour autant, souligne Christian Baudelot, "la question des inégalités est plus vive que jamais".


Quant aux outils fondamentaux de l'analyse marxiste, ils restent d'autant plus efficaces que, désormais émancipés de la doctrine qui les surplombait, ils peuvent s'articuler avec des outils statistiques comme les enquêtes internationales PISA sur le niveau des élèves de 15 ans. Or ces enquêtes, dont les deux sociologues décortiquent les résultats dans leur dernier ouvrage, sont éclairantes sur deux points.


D'une part, la France est le pays du grand écart scolaire : "Si ses élites font presque jeu égal avec l'excellence internationale, 40 % de ses effectifs se situent dans les profondeurs du classement." Et l'on sait que ce qui est vrai à 15 ans ne fait que s'accentuer ensuite, du fait de la dichotomie de l'enseignement supérieur entre universités ouvertes et filières protégées.


D'autre part, et c'est le plus intéressant, il n'y a pas de fatalité de ce gâchis à la fois éducatif et démocratique. Ou, plus exactement, il ne devrait y avoir de fatalité, quand on constate que les sociétés socialement les moins inégales sont aussi celles dont l'école est la meilleure. Autrement dit, la justice est l'une des conditions de l'efficacité des systèmes scolaires. Et l'élitisme est pour une bonne part l'ennemi de l'excellence.


Cela dessine la philosophie d'une réforme possible autant que souhaitable. Mais une réforme improbable, pour Baudelot et Establet, tant que les gouvernements auront pour seule boussole la logique comptable de diminution des dépenses publiques et tant que les familles considéreront l'école comme une affaire privée, à la recherche du meilleur placement pour leurs enfants.


Gérard Courtois

 

C'est le titre de leur dernier ouvrage (L'Elitisme républicain. L'école française à l'épreuve des comparaisons internationales, La République des idées/Seuil, 10,50 €) ; c'était déjà le thème du premier, L'Ecole capitaliste en France. On était en 1971. Bourdieu et Passeron - les "grands frères" -, avaient publié Les Héritiers un an auparavant. Sociologie et analyse politique étaient façonnées par le marxisme et ses dérivés, althussériens notamment. La question de la justice sociale - en l'occurrence de l'injustice de la machine scolaire - était au coeur de la réflexion.

Elus

 






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